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Voici quelques pistes pour réduire certains de ces blocages.
21 février 2022 5 min
Hélène Monod

Rédactrice
Romande Energie

Pour atteindre les objectifs définis dans la Stratégie énergétique 2050, nous devons notamment réduire notre consommation d’énergie et augmenter notre production d’énergies renouvelables. Cela implique par exemple de construire des parcs éoliens, d’installer des panneaux solaires, de transformer une partie de nos espaces dédiés à la mobilité individuelle en espaces pour la mobilité active, de densifier nos villes, de rénover nos bâtiments, etc. Mais l’expérience nous montre que toutes ces actions sont trop souvent freinées, et notamment par la population. Voici quelques pistes pour réduire certains de ces blocages.

Un grand potentiel bloqué

De nombreux projets développant l’énergie renouvelable ou permettant des économies d’énergie suscitent des inquiétudes et des réactions négatives de la part de la population impactée : nuisances sonores, visuelles et olfactives des projets, craintes pour sa santé, etc. Ces appréhensions sont parfois basées sur de fausses croyances. Mais elles doivent être entendues.

Potentiel d’énergies renouvelables - Selon les calculs de Suisse Eole, il serait possible de couvrir 20 % des besoins en électricité de la Suisse en hiver grâce à l’énergie éolienne. Mais aujourd’hui, près de quatre projets éoliens sur cinq sont bloqués devant les instances judiciaires, par les habitants ou les associations de protection du paysage. En 2019, la Suisse exploitait seulement 3,87% de son potentiel en matière de production de courant solaire sur les toits. Le potentiel du biogaz, quant à lui, n'est exploité qu'à environ 50% en Suisse. Ainsi, notre pays, qui est à la traîne par rapport à ses voisins en termes de production d'énergies renouvelables, peut faire beaucoup mieux !

Potentiel d’économies d’énergie - De nombreux projets permettant de réelles économies d’énergie sont eux aussi trop souvent freinés. Par exemple, mieux isoler notre bâti peut réduire de moitié nos besoins en énergie, mais de nombreux propriétaires d’immeubles craignent que leurs locataires se mobilisent contre les travaux de rénovation qui engendrent des nuisances ou se répercutent sur leur loyer, et renoncent donc à ces travaux d’assainissement. Autre exemple : 38% de l'énergie finale consommée est imputable au trafic. Mais les projets permettant de réduire l’espace dédié à la mobilité individuelle au profit de la mobilité active sont souvent bloqués par les défenseurs de la voiture. Enfin, densifier les lieux déjà bien desservis en transports publics, par exemple, permet de réelles économies d’énergie. Mais très souvent, les nouvelles constructions suscitent des blocages et des oppositions du voisinage.

Ainsi, pour permettre à ces projets énergétiquement favorables de se réaliser, il s’agit aujourd’hui notamment d’entendre les différentes craintes, d’y répondre, et de concevoir les projets avec tous les acteurs concernés, impliqués ou impactés.

Pour réduire les blocages : impliquer et concevoir ensemble

Identifier toutes les parties prenantes

Toujours plus d’acteurs publics et privés comprennent qu’ils ne peuvent plus concevoir leur projet seuls de leur côté et les présenter seulement en fin de course à la population. Parfois, des années de travail aboutissent à des oppositions, constituant ainsi des fronts solides. Et la confiance se rompt. Pour éviter ces situations, de nouvelles manières de faire se développent de plus en plus. Il s’agit d’impliquer le plus en amont possible toutes les parties prenantes : les usagers actuels et futurs liés au projet (habitants, commerçants, propriétaires, locataires, associations de quartier, riverains, acteurs socioculturels, etc.), les personnes qui subissent des dommages liés au projet, les associations professionnelles, associations expertes, etc. Un projet éolien, par exemple, impactera peut-être le paysage des habitants, ou suscitera la crainte de créer des nuisances sonores. La suppression des places de parc impactera peut-être sur la fréquentation des commerces. L’isolation de bâtiments engendrera peut-être une hausse du loyer et des nuisances de chantier. Bref, toutes les personnes concernées par un projet devront donc être identifiées.

Communiquer de façon cadrée et transparente

Encore aujourd’hui, les porteurs de projets craignent souvent de communiquer de façon transparente avec les différentes parties prenantes. Mais c’est un mauvais calcul.

Dans tous les projets, il y a trois catégories de réactions. Les personnes qui sont favorables au projet, les personnes indécises et les « Nein Sager ». Sans communication transparente, le risque est de faire des indécis des personnes facilement mobilisables contre le projet, par de mauvaises informations ou une mauvaise compréhension du projet. Impliquer la population le plus en amont possible permet de faire comprendre les apports du projet, son cadre, ses contraintes et ses marges de manœuvre. Cela permet également d’entendre les craintes que le projet suscite et d’y répondre dans un deuxième temps, en s’y préparant. Trop souvent, les séances de présentation en plénière sont contre-productives si les questions, interventions, revendications des opposants prennent toute la place et que les intervenants n’ont pas de réponses claires immédiates à donner. Certaines méthodes participatives aident à présenter des projets en plénière, et permettent de faire réagir les participants de façon cadrée, structurée, en petits groupes. Une fois que les craintes et demandes des participants ont été exprimées, les porteurs de projet peuvent y répondre, lors d’une deuxième rencontre, en s’y préparant. Toutes les demandes ne pourront obtenir des réponses favorables, mais toutes les demandes auront des réponses.

Autre ingrédient : aucun terme technique ou compliqué tout au long du processus, les ingénieurs et techniciens porteurs du projet doivent être accompagnés pour rendre leur présentation compréhensible par tous. Il faut sortir des présentations techniques, sur plan, mais aller sur le terrain, montrer les volumes, montrer d’autres exemples, et rendre les informations accessibles. Si la crainte identifiée des riverains d’un futur parc éolien est le bruit des éoliennes, pourquoi ne pas organiser avec eux une excursion sur un autre parc éolien pour qu’ils prennent conscience que, finalement le bruit n’est pas si gênant ? Si des commerçants d’une rue craignent que la piétonisation de la rue impacte sur la fréquentation de leur commerce, pourquoi ne pas aller visiter des bons exemples de rues commerçantes piétonnes et d’échanger avec ces commerçants ? Informer de façon vulgarisée et claire, permettre aux gens d’exprimer leurs craintes et leurs besoins de façon cadrée, y répondre de façon transparente, tenter de réduire ces craintes concrètement : voici quelques-uns des apports de la participation dans la mise en place des nombreux projets favorables aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables, aujourd’hui trop souvent bloqués pour de mauvaises raisons.

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Le Canton de Genève et ses Services industriels se sont fait accompagner par l’association française Vie to b pour réfléchir à intégrer les habitants dans des processus de rénovation des bâtiments, pour communiquer avec eux de façon transparente sur les futurs travaux et entendre leurs craintes. Le service s’appelle AMU « Assistance à maîtrise d’usages » et se base sur une étude « TEPI » (Transition Energétique du Parc Immobilier genevois) qui a montré qu’en effet, parmi les freins et obstacles des propriétaires d’immeubles, il y a l’anticipation de plaintes de la part des locataires qui les dissuade à s’engager.

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La Ville de Morges et Losinger Marazzi SA ont conçu le plan partiel d’affectation du futur quartier « Prairie Nord – Eglantine » avec les riverains et plusieurs associations professionnelles, dans le but de réduire les craintes de ces différents acteurs et de concevoir un projet qui leur convienne au mieux. Une des particularités de ce processus a notamment consisté à inviter toutes ces personnes sur le terrain, et les porteurs de projet ont marqué les volumes des futurs bâtiments, des généreux espaces publics, des traversées piétonnes que le projet allait offrir, etc. Cela a permis aux habitants de mieux comprendre ce qui allait se construire et de voir également les apports du projet. Des discussions ont ensuite suivi cette présentation sur le terrain et ont permis aux participants d’exprimer leurs craintes et leurs besoins. Au total, 150 personnes se sont impliquées dans cette réflexion.

Pour celles et ceux qui souhaitent apprendre à mettre en pratique cette nouvelle manière de concevoir des projets en participation : « Réussir un processus participatif ».


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