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L’État de Vaud s’est doté d’un plan climat et d’une nouvelle stratégie immobilière
20 septembre 2021 6 min
Hélène Monod

Rédactrice
Romande Energie

Lorsqu’un propriétaire immobilier isole son bâtiment et choisit un chauffage écocompatible, cela peut réduire de moitié sa consommation d’énergie et, selon le choix du chauffage, la totalité de son bilan carbone. Lorsque ce même propriétaire possède de nombreux immeubles et qu’il assainit ses immeubles les plus énergivores, cela démultiplie l’impact. Les collectivités publiques, qui sont souvent d’importants propriétaires immobiliers, ont un rôle d’exemplarité fort à jouer. C’est ce que le Canton de Vaud a choisi de faire. Découvrons sa stratégie ambitieuse.

Bâtiments publics et transition énergétique

En Suisse, deux maisons sur trois ont été construites avant 1980 et sont donc si mal isolées qu’elles laissent s’échapper la chaleur du chauffage (nécessitant donc encore plus de carburant pour se chauffer) et qu’elles laissent entrer la chaleur en été (ce qui demandera bientôt beaucoup d’énergie pour se rafraîchir). Par ailleurs, deux tiers des bâtiments suisses sont encore chauffés au moyen d'énergies fossiles ou directement par l'alimentation électrique : la Suisse est le pays européen qui a le plus recours au mazout pour son chauffage. Conséquences directes : nos édifices sont responsables d’environ 40% de la consommation d’énergie et d’1/3 des émissions de CO2. C’est énorme. Pour inverser la tendance, il s’agit d’installer une bonne isolation thermique et un chauffage écocompatible. Dans certains bâtiments, le besoin en énergie peut baisser de plus de moitié grâce à une meilleure isolation. Et en passant d'énergies fossiles à des énergies renouvelables dans le chauffage, les émissions de CO2 peuvent être presque totalement réduites. Agir sur le bâti existant est donc un levier très efficace en termes écologique et climatique, et, si tous les propriétaires immobiliers suisses s’y mettaient, les impacts seraient énormes.

Pour aller dans ce sens, les collectivités publiques ont un rôle d’exemplarité fort à jouer. En effet, elles sont toutes propriétaires d’un parc immobilier plus ou moins grand : bâtiments administratifs, écoles, musées, prisons, églises, bâtiments patrimoniaux, etc. Il suffit qu’une Ville ou qu’un Canton s’engage dans un processus ambitieux pour assainir ses bâtiments les plus énergivores pour que les impacts positifs soient conséquents.

L’État de Vaud s’est doté d’un plan climat et d’une nouvelle stratégie immobilière

Le parc immobilier de l’État de Vaud est très grand et diversifié : du médiéval Château St-Maire aux ultra-modernes laboratoires du CHUV, le Canton est propriétaire de quelques 1’300 bâtiments d’une surface totale de plus de 1'275’000 m2. Le parc comprend notamment ses bâtiments administratifs, le CHUV, l’Université de Lausanne, les écoles, les prisons, les musées, etc.

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Depuis les années 2000, la question climatique et l’obsolescence de ce parc immobilier sont au cœur des réflexions des autorités. La première stratégie immobilière du Canton de Vaud (2010-2020) a investi plus de 150 millions de CHF dans des assainissements énergétiques, ce qui a notamment permis la diminution des émissions de CO2 liées à la production de chaleur du parc de 28 %, la diminution de l’indice énergétique-chaleur de 14 % et la diminution de l’indice énergétique-électricité de 6 %. Par ailleurs, la stratégie 2010-2020 a permis l’évolution de la part des énergies renouvelables installées de 13 300 kW à 19 600 kW.

Un exemple d’assainissement réalisé lors de la précédente stratégie au gymnase d’Yverdon

Construits dès 1971, le Gymnase est constitué de six bâtiments : les trois premiers étaient très gourmands en énergie. Leur rénovation, indispensable pour améliorer le rendement énergétique et pour remplacer les façades et les toitures vétustes, a consisté à réaliser une façade du type « Lucido » composée d’un panneau isolant, d’un élément absorbant en bois, d’une lame d’air pour l’aération et d’un verre solaire. La façade récupère l’énergie solaire qui fonctionne selon le même principe qu’une serre. Pour éviter des surchauffes, un système automatique d’ouvrant des fenêtres fonctionne durant la nuit. L’assainissement des trois bâtiments a réduit la facture énergétique de 71 %. Par ailleurs, une chaufferie au bois sous forme de pellets a permis d’abaisser les émissions de CO2 de 92 %. Les besoins en chaleur sont ainsi passés de 130 kWh/m2/an à 40 kWh/m2/an et la source énergétique est passée de 100% mazout à 74% bois et 26% gaz.

En assainissant 20% de son parc immobilier, l’État de Vaud réduira 80% des émissions de CO2

En 2020, le Canton de Vaud s’est doté d’un Plan climat contenant des objectifs ambitieux. Il vise notamment à réduire de 50% à 60 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) du territoire cantonal d’ici 2030 et à atteindre la neutralité climatique au plus tard en 2050. Aujourd’hui, dans le canton, l’utilisation de combustibles fossiles génère près de 38% des émissions de GES.

Un des objectifs du Plan climat consiste à atteindre un bilan « zéro carbone » pour l’ensemble des bâtiments propriétés de l’État d’ici 2050. Pour mettre en œuvre ces intentions, l’État de Vaud a actualisé sa stratégie immobilière (Stratégie immobilière vaudoise 2020-2030), plaçant la durabilité comme un axe transversal par rapport aux 4 autres. Pour les bâtiments de l’État, l’idée est de viser à l’horizon 2050 un indice énergétique de chaleur de 38 kWh/m2, un indice énergétique électricité de 15 kWh/m2 et des émissions de CO2 de 1,6kg CO2/m2.

Dans le cadre du Plan climat, des critères ont été définis afin de choisir quels bâtiments assainir parmi les plus grands et les plus anciens de ses bâtiments chauffés. Ainsi, les critères de choix ont été les constructions d’avant l’an 2000 et d’une surface supérieure à 2000 m2, soit un ensemble de 77 bâtiments. Ainsi, en planifiant 4 chantiers par année jusqu’en 2040, le Canton aura alors supprimé 80% des émissions de CO2, tout en ayant amélioré son efficacité énergétique par des mesures d’isolation appropriée réduisant sa consommation d’énergie de 60%.

À fin mars 2021, le Grand Conseil a octroyé un premier crédit de CHF 80 millions pour accélérer l’assainissement du parc bâti et réduire sa consommation énergétique. Les premiers chantiers comprendront l’assainissement de neuf bâtiments, dont trois gymnases, deux écoles professionnelles, deux prisons et deux bâtiments administratifs (le BAP et le Tribunal cantonal).

Interview d’YVES GOLAY-FLEURDELYS
Responsable de la construction durable au sein de la Direction générale des immeubles et du patrimoine (DGIP)

Vous avez déjà assaini de nombreux bâtiments énergivores du parc immobilier de l’État depuis les années 2000. Qu’y a-t-il de différent aujourd’hui avec cette stratégie 2020-2030 ? 
Le Plan climat a permis d’accélérer encore notre action, car nous voyons que l’assainissement des bâtiments permet de réduire efficacement les émissions de CO2 d’un territoire.

Comment avez-vous choisi sur quels bâtiments travailler en priorité ?
Notre objectif a été d’identifier les bâtiments qui avaient le plus fort potentiel d’économies d’énergie : les plus grands bâtiments chauffés construits avant l’an 2000, alors que les normes énergétiques n’étaient pas assez exigeantes. Cela donne confiance et motive lorsqu’en travaillant sur quelques gros immeubles, les économies d’énergie sont élevées. Nous avons donc choisi de développer une feuille de route pour que d’ici 2040, 80% de nos surfaces chauffées soient assainies.

Est-ce que vous monitorez vos actions ?
Depuis 2005 déjà, nous suivons l’évolution de la consommation d’énergie de nos bâtiments grâce à l'outil de gestion de l'énergie TENER qui permet le suivi par Internet. Actuellement, nous réalisons un rapport annuel pour mesurer les impacts des actions d’assainissement que nous menons.

Et alors, combien d’économie d’énergie et de réduction de CO2 votre stratégie permettra-t-elle ?
L’objectif global est de réduire les consommations d’énergie de 60-70% et les émissions de CO2 de 90%, ce qui correspond à la définition de la société à 2000 W définie en 1990 par l’EPFZ, données reprises par la Stratégie 2050 de la Confédération acceptée par le peuple suisse en 2017. À fin 2019, l’État de Vaud avait déjà fait la moitié du chemin en ce qui concerne la baisse des émissions de CO2.

Concrètement, qu’allez-vous faire sur les 77 bâtiments prioritaires que vous allez assainir ?
Chaque bâtiment a ses spécificités et nécessite des interventions différentes : par exemple, sur le patrimoine bâti, nous interviendrons probablement en priorité sur la toiture, les fenêtres et le chauffage plutôt que d’isoler les façades extérieures ; pour un bâtiment bordant le lac, nous installerons sûrement une pompe à chaleur qui utilise l’eau du lac ; etc. Concernant le choix des chauffages, nous installons depuis 2005 déjà des chauffages à bois, des pompes à chaleur, le raccordement au chauffage à distance urbain qui, même s’il n’est pas encore neutre en carbone, le deviendra dans dix à quinze ans. Nous travaillerons en priorité sur les 77 bâtiments de notre feuille de route, mais bien-sûr, lorsqu’une chaudière d’un autre bâtiment sera en fin de vie ou qu’un plus petit bâtiment deviendra obsolète, nous les assainirons de la même manière.

Et lors de vos rénovations, installez-vous systématiquement des panneaux solaires ?
Oui, depuis 2015, nous installons un maximum de panneaux solaires sur les toitures que nous rénovons. À fin 2019, nous avions déjà installé 12'000 m2 et nous visons 33'000 m2 d’ici 2030. Par ailleurs, pour permettre l’autonomie que pourraient apporter ces panneaux solaires, nous devons déjà diviser par trois notre consommation énergétique. Il s’agit ainsi de jouer sur deux tableaux : produire un maximum d’électricité solaire et réduire fortement la consommation, afin que, à terme, la production soit équivalente à la consommation.

Nous parlons beaucoup d’exemplarité de l’État : en quoi est-ce important ?
En étant exemplaire avec l’assainissement de nos bâtiments publics, l’État montre que c’est possible et comment le faire. Nous donnons une impulsion et communiquons sur ces bonnes pratiques pour motiver d’autres acteurs. Par ailleurs, nous pouvons également soutenir l’innovation. Nous voulons par exemple utiliser une technologie innovante développée par l’EPFL lors de la rénovation des projets actuels : les verres à énergie positive.

La technologie EPOG pour « energy positive glazing » consiste en un verre feuilleté contenant des cellules solaires intercalées qui peut se décliner dans différentes couleurs. Il remplace d’autres éléments de constructions comme une tuile ou une plaque d’Alucobond et son utilisation est comme celle d’un verre traditionnel, mais en plus d’assurer des fonctions d’étanchéité, d’isolation, de protection solaire et esthétique, il produit de l’énergie.

Enfin, quelles recommandations feriez-vous à d’autres cantons ou villes qui souhaiteraient mener une telle stratégie ?
Je leur recommanderais de s’appuyer sur le travail que nous ou d’autres collectivités avons déjà effectué depuis vingt ans : il ne sert à rien de réinventer la roue. Nous serions ravis de transmettre aux collectivités qui le souhaitent notre expérience, les lois que nous avons développées, les logiciels libres que nous utilisons, etc.


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