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17 janvier 2022 6 min
Hervé Henchoz

Spécialiste durabilité
Romande Energie

Depuis quelques années, et en particulier depuis la COP21 et l’adoption de l’Accord de Paris en 2015, accord visant à limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C à l’échelle mondiale, de nombreux acteurs privés s’engagent dans une démarche de « neutralité carbone » et ont annoncé vouloir atteindre le « net zéro » en 2050, 2040 ou 2030 déjà. Si la notion de « neutralité carbone » ou de « net zéro » n’est en réalité applicable qu’à l’échelle planétaire, ces engagements des acteurs privés sont essentiels et toute entreprise devrait, à son échelle, contribuer à l’atteinte d’une société bas carbone en activant deux leviers, celui de la réduction des émissions et celui de l’augmentation des puits de carbone, tant à l’interne qu’à l’externe de l’organisation.

La « neutralité carbone » c’est quoi ?

Lorsqu’il est question de lutte contre les changements climatiques, on parle bien entendu de réduire les émissions de gaz à effets de serre (GES), l’augmentation des températures mondiales depuis le début de l’ère industrielle étant directement liée à l’augmentation des émissions de GES d’origine anthropique, à savoir liées aux activités humaines. Atteindre la neutralité carbone ne signifie toutefois pas réduire les émissions de CO2 à zéro, mais bien d’atteindre l’équilibre entre les émissions de CO2 anthropiques et leur absorption de l'atmosphère grâce à des puits de carbone. Le terme puits de carbone est utilisé pour désigner les réservoirs naturels ou artificiels qui absorbent le carbone présent dans l’air, soit en les détruisant par des procédés chimiques, soit en les stockant sous une autre forme. Les puits de carbone constituent un outil essentiel dans la lutte contre le réchauffement climatique, car ils permettent de capter et de stocker une partie importante du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Toutefois, à l’heure actuelle seule la moitié des émissions mondiales de CO2 liées aux activités humaines sont absorbées par les puits de carbone que sont les océans et les écosystèmes continentaux (sols et croissance de la végétation).

Pour respecter l’objectif des 2°C de l’Accord de Paris, nous devons atteindre cette neutralité carbone avant 2050, en retirant chaque année autant de CO2 que l’on en émet afin d’arrêter l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère. Pour y parvenir, nous devons agir sur deux grands leviers, d’une part la réduction des émissions de CO2 et d’autre part l’augmentation des puits de carbone.

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Les entreprises passent à l’action

Alors que les États mettent en place des stratégies climatiques plus ou moins ambitieuses afin de respecter les engagements pris au niveau international, les acteurs privés sont eux aussi invités à participer à l’effort collectif pour tendre vers une société bas carbone.

Une telle stratégie à l’échelle d’une entreprise a plusieurs vertus : cela permet tout d’abord de gagner en résilience pour le futur. Cela permet également d’anticiper le risque carbone (coût du CO2), de répondre aux attentes des clients et des investisseurs ou encore de promouvoir son engagement auprès des parties prenantes. Enfin, cela permet de répondre aux ambitions nationales sur le climat.

Il a ainsi été démontré depuis les années 2000 qu’une entreprise qui s’engage avec sérieux sur la question environnementale bénéficie d’une meilleure image, d’une plus grande réputation et d’une motivation supérieure des employés, gagnant ainsi en productivité. C’est une des raisons qui rendent l’adoption d’une stratégie bas carbone immédiatement attractive pour l’entreprise. Mais alors comment s’y prendre ?

De la compensation à la contribution

La stratégie dominante à ce jour s’articule autour d’un processus en trois étapes : 1. mesurer, 2. réduire, 3. compenser. Cette approche consiste à viser la « neutralité carbone » à une échelle individuelle (« mes émissions résiduelles sont entièrement compensées par l’achat de certificats, je suis donc neutre en CO2 ») et nous fait croire en la possibilité d’une « annulation » du problème climatique à peu de frais (achat d’un droit de polluer). Toutefois, cette approche n’encourage que moyennement à agir concrètement sur les émissions induites par l’activité de l’entreprise et donc à réduire les émissions à la source.

Plusieurs critiques sont également émises concernant le mécanisme de compensation dont la finalité est la protection du climat par le financement de projets permettant d’éviter certaines émissions de gaz à effet de serre. Il est en effet souvent difficile de distinguer les projets permettant d’éviter des émissions (installation de fours solaires en Inde pour remplacer des sources fossiles), et les projets qui permettent de retirer des émissions de l’atmosphère (plantation d’arbres). Il est également souvent difficile de vérifier si les projets de réduction n’auraient vraiment pas vu le jour sans l’apport financier des crédits carbone. Par ailleurs, puisque les émissions anthropiques dépassent largement la quantité de compensation disponible à l’échelle mondiale, ce concept n’est pas universalisable et ne peut donc être considéré comme une solution viable à large échelle. Au final, on peut au mieux espérer que ce mécanisme permette de ralentir le rythme de croissance des émissions de GES, mais en aucun cas qu’il permette d’atteindre la neutralité carbone.

Plutôt que de chercher à être une entreprise « neutre en CO2 », en compensant les émissions qui ne peuvent pas être supprimées au sein même de l’activité de l’entreprise, les acteurs privés peuvent voir plus loin et « contribuer à la neutralité carbone au niveau mondial », sans supprimer entièrement la compensation, mais en agissant plus largement sur les deux grands leviers que sont la réduction des émissions et l’augmentation des puits de carbone, ceci tant à l’interne qu’à l’externe de l’entreprise.

Pour contribuer à la baisse globale d’émissions, une entreprise doit ainsi :

1. Réduire ses propres émissions directes et indirectes. Ce pilier incite l’organisation à évaluer et piloter la réduction de ses émissions absolues de GES directes et indirectes au cours du temps.
2. Réduire les émissions des autres. Ce pilier incite l’organisation à évaluer et augmenter ses contributions à la décarbonisation de la société dans son ensemble, soit :

  • sous l’effet des produits et services qu’elle vend qui viennent se substituer à un usage plus carboné chez les clients finaux (vente d’appareils à haute efficacité énergétique, vente d’un service plutôt qu’un bien, etc.),
  • soit sous l’effet de financement de projets de réduction d’émissions hors de sa chaîne de valeur (achats de réductions d’émissions certifiées – compensation, prise de participation directe dans des projets, contrats d’énergie bas carbone sous certaines conditions, etc.)

Pour contribuer à l’augmentation des absorptions mondiales, elle doit :

3. Augmenter les puits de carbone. Ce pilier incite l’organisation à évaluer et augmenter sa contribution à l’augmentation des puits de carbone naturels et technologiques mondiaux, soit :

  • dans sa chaîne de valeur, en développant ses propres puits de carbone (absorptions directes) ou ceux en amont (dans la supply chain) et en aval (au sein des clients ou utilisateurs finaux) ;
  • hors de sa chaîne de valeur, grâce au financement de projets de séquestration (achats de séquestrations carbone certifiées, prise de participation directe dans des projets, etc.).

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Déclinaison de l’action mondiale de neutralité carbone à l’échelle de l’entreprise selon la Net Zéro Initiative

Déroulement d’une stratégie bas carbone

Mesurer ses émissions

Comme dans le processus axé sur la compensation, on commence ici par mesurer ses émissions. Il s’agit de réaliser un bilan carbone sur la base du périmètre d’analyse le plus pertinent au regard de l’activité concernée : en tenant compte non seulement des émissions directes, mais également indirectes (scope 1, 2 et 3). Ceci permet de trouver des réponses aux questions suivantes :

  • Quels sont mes postes d’émissions de GES les plus impactants ?
  • Comment évoluent-ils ?
  • Quels sont les nouveaux risques et opportunités associés (réglementaire, économique, concurrentiel, interne, etc.) ?
  • Comment se positionne l’empreinte carbone de mon activité (via mes produits et services) par rapport à celles d’autres acteurs de mon secteur d’activité ?

Se fixer des objectifs

Une fois le diagnostic établi, il s’agit de se fixer des objectifs compatibles avec l’objectif mondial de neutralité carbone à l’horizon 2050 (science-based targets), à la fois ambitieux et réalistes, et à différents horizons temporels. Cette étape permet de répondre aux questions suivantes :

  • Quels sont mes leviers de réduction des émissions de GES ?
  • Quels sont leurs potentiels de réduction ?
  • Comment les hiérarchiser ?
  • Comment définir mes objectifs pour être cohérent avec l’objectif global 2°C ?
  • Quelles sont les trajectoires des émissions de GES de mon activité en fonction des scénarios envisagés ?
  • Quelle peut-être ma stratégie vis-à-vis de la compensation de mes émissions ?

Agir dans et hors de sa chaîne de valeur

La Stratégie bas carbone se décline ensuite au niveau opérationnel par un plan d’actions qui doit permettre de répondre aux questions suivantes :

  • Que dois-je changer dans mon activité quotidienne pour atteindre les objectifs de la stratégie établie ?
  • Quelles sont les actions prioritaires, à impact fort ou à effet d’entraînement important ?
  • Quels sont mes besoins matériels et financiers, mes besoins d’accompagnement pour monter en compétence sur ces nouveaux sujets ?
  • Quels sont les indicateurs de suivi de la performance, à quelle fréquence doit-on les suivre ? De quels outils de monitoring dois-je me doter ?

Vers une transformation de l’intérieur

De manière générale, on cherchera prioritairement à réduire les émissions directement liées à son activité, au sein même de sa chaîne de valeur, plutôt que d’agir en dehors de sa chaîne de valeur. On parle alors de compensation carbone intégrée ou insetting.

Les projets d'insetting permettent des réductions significatives des coûts et de l'empreinte carbone au cœur du processus de création de valeur des entreprises. L'approche vise donc une transformation du modèle d’affaire, seule à même de permettre l’avènement d’une société bas carbone.

En effet, en compensant annuellement ses émissions par l’achat de certificats, l’organisation ne réduit pas ses émissions propres et est vouée à poursuivre le système de compensation année après année. Impossible donc d’atteindre la neutralité carbone à l’échelle planétaire. Tandis que si l’organisation investit chaque année dans sa transformation (assainissement des bâtiments, remplacement des équipements, éco-conception des produits, nouveau système de distribution, etc., elle réduit petit à petit son impact climatique et contribue ainsi véritablement à atteindre la neutralité carbone au niveau mondial.

Vous souhaitez vous aussi contribuer à la trajectoire de neutralité carbone ? Rejoignez l’une des initiatives suivantes :

CEO for Climate
Net Zero 2030
Net Zero Initiative


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