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3 mai 2021 5 min
Hélène Monod

Rédactrice
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Œuvrer pour une société durable ne signifie ni austérité ni pertes d’emplois. Bien au contraire. La durabilité demande de s’adapter : réparer plutôt que jeter, partager plutôt que posséder, respecter plutôt que gaspiller. Ces nouveaux modes de faire peuvent créer de nombreux nouveaux emplois : jusqu’à 18 millions supplémentaires dans le monde, selon l’Organisation mondiale du travail. À chacun d’entre nous de faire un pas sur ce chemin qui donne du sens et qui paie autant pour notre climat que pour nos finances.

Vers une société durable

Projetons-nous en 2050 : les 1,8 million de bâtiments suisses existants sont assainis et les nouveaux sont conçus et entretenus de façon écologique. La mobilité douce et les transports publics sont largement pratiqués et, là où c’est nécessaire, la mobilité électrique prend le relais. Les énergies renouvelables se développent toujours plus. La nature a repris ses droits, la végétation améliore la qualité de vie de tous et réduit les îlots de chaleur. Les habitants qui le souhaitent ont des espaces pour jardiner. L’agriculture est toujours plus respectueuse de l’environnement et les circuits de distribution sont raccourcis. Les voyages lowcost ont laissé la place au tourisme doux. L’économie circulaire est la norme : on répare, réutilise, partage, recycle le plus possible.

Créer 18 millions d’emplois tout en réduisant 41% des émissions de gaz à effet de serre (GES)

Pour accéder à cette vision, il faudra des femmes et des hommes formés, compétents et créatifs dont les métiers se seront adaptés aux besoins d’une société plus durable. « S’adapter », un concept qui est au cœur de cet article. D’après le rapport « Une économie verte et créatrice d’emploi » réalisé par l’Organisation internationale du travail (OIT), pour parvenir à l’objectif à long terme de l’Accord de Paris de 2015 de contenir la hausse de la température moyenne mondiale au-dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, il sera nécessaire de transiter vers une économie verte qui entraînera inévitablement des pertes d’emplois dans certains secteurs (activités à forte intensité de carbone), mais ces pertes seront plus que compensées par de nouvelles possibilités d’emploi.

Les mesures prises dans le domaine de la production et de l’utilisation de l’énergie entraîneront la perte d’environ 6 millions d’emplois, mais aussi la création d’approximativement 24 millions d’autres. Cette augmentation nette d’environ 18 millions d’emplois dans le monde sera le résultat de l’adoption de pratiques durables, comme la modification du bouquet énergétique, l’utilisation accrue de véhicules électriques et l’amélioration de l’efficacité énergétique dans les bâtiments existants et futurs. La création d’emplois est stimulée notamment par le fait que les sources d’énergie renouvelables, par exemple, exigent davantage de main-d’œuvre que l’électricité produite à partir de combustibles fossiles, ainsi que par la demande de toute la chaîne de valeur associée aux énergies renouvelables, aux véhicules électriques et à la construction. Cet avantage net global en matière d’emploi s’accompagne d’une réduction de 41% des émissions de GES d’ici à 2030 au niveau mondial par rapport aux niveaux préindustriels, ce qui est conforme aux objectifs politiques internationaux.

Dans le secteur des énergies renouvelables (hydroélectricité, biomasse, solaire thermique, solaire photovoltaïque, marée et vagues et géothermie), la création d’emplois devrait être plus importante d’environ 11%. Dans le scénario de l’économie circulaire, on compterait environ 6 millions d’emplois supplémentaires. Les services et la gestion des déchets, permettraient quant à eux de créer environ 50 et 45 millions d’emplois, respectivement.

Favoriser l’entrepreneuriat durable qui adapte ses produits et ses offres aux nouveaux besoins

Ainsi, de nombreux métiers ne contribuant pas à la création d’une société durable perdent aujourd’hui leur potentiel d’avenir. Il s’agit par exemple des métiers liés aux énergies fossiles, au jetable, aux pesticides, au tourisme de masse, à la junk food, à la mobilité non durable, à la surconsommation, etc. Mais de nombreux autres métiers ont le vent en poupe : ceux qui sensibilisent, forment et accompagnent la population vers de nouveaux modes de vie. Des métiers qui favorisent l’innovation et permettent la conception de projets, de produits et de services adaptés aux objectifs de durabilité. Des métiers qui existent déjà et d’autres à imaginer. De tous temps, des entreprises ont développé des produits et des services répondant aux besoins « identifiés » ou aux besoins « créés ». Parmi eux, du bon et du moins bon : des voitures toujours plus grosses, des vols toujours moins chers, des produits toujours plus rapidement jetables, etc. Aujourd’hui, pour survivre, les entrepreneurs en herbe doivent prendre le pouls des besoins de la société de demain, se demander ce qu’il manque et développer des produits et des services qui répondent à cette transition vers un monde durable. De nombreux acteurs de l’économie s’y sont déjà mis. En voici quelques exemples.

Les idées de business qui créent des emplois d’avenir et durables
Créer et gérer une bibliothèque d’objets en partage – Isoler et rendre étanche les bâtiments – Organiser des ateliers de réparation d’objets – Former les ménages aux économies d’énergie – Développer des technologies durables – Exploiter un parc éolien – Nettoyer des panneaux solaires – Former les habitants au jardinage écologique – Gérer une flotte de véhicules partagés – Créer un local pour réparer son vélo – Pratiquer une agriculture biologique – Créer de nouveaux produits avec des objets recyclés (upcycling) – Former les habitants à réaliser leurs propres conserves – Développer des offres de tourisme de proximité attrayantes - Ouvrir une épicerie de produits en vrac – Concevoir des espaces verts favorables à la biodiversité – Créer des plans de mobilité - Organiser la vente directe de produits agricoles de proximité – Créer une pépinière d’arbres adaptés au changement climatique – Créer une marque de baskets équitables – Livrer des paniers de légumes à vélo – Développer des matériaux de construction durables – Concevoir des bâtiments énergétiquement passifs – Accompagner les communes ou les entreprises vers la durabilité – Entretenir des biotopes – Designer des véhicules électriques – Concevoir des bacs pour jardiner de façon écologique – Vendre des graines de légumes oubliés – Accompagner la conception de jardins en permaculture – Recycler – Former au compostage – Ecrire et sensibiliser sur des enjeux environnementaux – Exploiter et transformer les produits d’anciennes variétés de vergers, etc.

À vous d’en imaginer d’autres ! Pour vous accompagner, le Sanu propose une semaine de formation Eco-entrepreneurs « Votre emploi rêvé dans le développement durable n’existe pas encore ? Pourquoi ne pas le créer ? »

Adapter les offres de formation aux nouveaux besoins

Mais pour s’adapter, il faut se former. Tous les acteurs de la formation, qu’il s’agisse des centres de formation des apprentis, des HES, des universités, des écoles polytechniques fédérales ou des instituts de formation professionnelle, doivent anticiper les nouveaux besoins et proposer des formations qui permettent aux jeunes et aux personnes qui souhaitent se reconvertir de trouver chaussure à leur pied. Le site orientation.ch décrit les nombreuses possibilités de formation et de perfectionnement dans ce domaine. Elles sont présentées par sous-branche, puis par niveau de formation (Formation professionnelle initiale, Formation professionnelle supérieure, Hautes écoles, Formation continue de niveau tertiaire, autres formations). Cette liste n’est pas exhaustive mais elle montre l’évolution de certains métiers.

Exemples de certificats et brevets qui forment à des emplois durables
Certificat fédéral de capacité : « Viticulteur spécialisé en production biologique », « Recycleur » ; Brevet fédéral : « Chef/fe d’exploitation arboricole spécialisé en production biologique », « Spécialiste en soin aux arbres », « Spécialiste en transports publics », « Chef/fe de projet en montage solaire », « Spécialiste de la nature et de l’environnement », « Thermiste » ; Diplôme fédéral : « Maître maraîcher spécialisé en production biologique », etc.

Accompagner la reconversion professionnelle vers des métiers durables

Le revenu de transition écologique, un nouvel outil de reconversion

Un outil proposé par la fondation Zoein pour faciliter la reconversion de ceux qui le souhaitent vers un métier plus durable est le revenu de transition écologique (RTE). Comment cet outil fonctionne-t-il ? Tout d’abord, la personne qui souhaite se reconvertir propose son projet de reconversion à une coopérative de transition écologique à laquelle elle adhère. La coopérative évalue le projet, et s’il est accepté, met en contact le porteur de projet avec des gens du domaine concerné qui pourront le former. Ensuite, la coopérative présente au porteur de projet un réseau ciblé de personnes intéressées par le projet. Au final, la coopérative verse un revenu monétaire qui va permettre financièrement à la personne de faire cette transition professionnelle. Les domaines concernés vont de l’agriculture à la mobilité, en passant par l’économie circulaire, la finance solidaire ou la créativité.

Se former et s’informer

Sanu Future Learning SA propose des cours, des séminaires, des journées et des cycles de formation dans les domaines de la durabilité environnementale, économique et sociale. Il s’agit d’un acteur incontournable pour se former et se perfectionner. Le Sanu organise également une journée annuelle sur les métiers de l’environnement durant laquelle des professionnels présentent les perspectives, les profils requis et l’évolution du marché du travail dans ce secteur. Les possibilités de formation continue et de perfectionnement existantes sont également présentées.

Anticiper et s’adapter

Les milieux de l’entreprise et de la formation qui ne l’ont pas encore fait devraient aujourd’hui faire un pas de côté et prendre le temps d’anticiper les besoins futurs. Se reconvertir n’implique pas forcément un changement radical de métier, bien au contraire. Tous les métiers « classiques » se doivent d’intégrer des préoccupations environnementales dans leur pratique. Un designer peut choisir des matériaux recyclés pour ses produits, un architecte peut intégrer des principes de l’architecture bioclimatique dans ses projets, un vendeur peut choisir des panneaux solaires dans sa gamme de produits vendus, un comédien peut se produire dans une pièce qui sensibilise les spectateurs aux enjeux climatiques, etc. Pour changer le monde, chacun et chacune doit réinventer son métier.

Alors en résumé : anticipons, adaptons-nous et surtout innovons !


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