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25 avril 2022 5 min
Joëlle Loretan

Journaliste
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En Suisse, le chauffage des bâtiments et la production d’eau chaude sanitaire représentent plus de 40% de l’énergie consommée. Les combustibles fossiles alimentent quant à eux encore les trois quarts de nos systèmes de chauffage. Quelques pistes pour aborder un changement de système avec toutes les cartes en main.

En Suisse, le taux d’assainissement énergétique dans le domaine du bâti ne dépasse pas 1% (1 maison sur 100 par an). Un taux bien insuffisant pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050 en la matière. Voyez plutôt : la consommation d’énergie pour le chauffage, la climatisation et la production d’eau chaude doit diminuer d’environ 40% par rapport à la valeur de 2010 d’ici à 2035, et ce malgré une augmentation prévisionnelle de la population.

Y a de l’eau dans le gaz

Au-delà de la sortie des énergies fossiles pour des raisons écologiques, la question de notre (in)dépendance énergétique n’a jamais été aussi présente. Le conflit qui secoue la Russie et l’Ukraine (et le reste du monde) nous met face à une réalité : nous devons tendre vers une autonomie, une production d’énergie verte et locale. Et ce n’est pas la Municipalité d’Yverdon-les-Bains qui lui donnera tort, elle qui a annoncé une hausse moyenne des tarifs du gaz naturel de 45% au 1er mai 2022. Une hausse entamée depuis fin 2021 déjà, accentuée par la situation géopolitique liée au conflit en Ukraine.

À chaque maison son système

En matière d’installation de chauffage, il n’y a pas de solution unique. À chaque type de logement son système. Ainsi, la situation du bâtiment, la quantité de chaleur à produire, le nombre d’habitants ou encore la demande totale d’eau chaude influenceront les décisions. Les approches seront également différentes selon que l’objet est récent (liberté totale dans les choix) ou ancien (contraintes liées à la place à disposition et à la manière existante de distribuer la chaleur).

Les étapes de la planification d’un nouveau système de chauffage

Quel que soit le changement que vous souhaitez entreprendre au niveau de votre système de chauffage, voici quelques pistes pour vous aider.

1. S’y prendre au bon moment et identifier l’état du système

Prévoir les travaux bien en amont permet de gagner en confort et en argent. Les spécialistes conseillent d’entamer les réflexions lorsqu’un système de chauffage a une dizaine d’années, car la démarche s’inscrit généralement dans des réflexions plus vastes, lorsqu’un changement de système de chauffage dans une maison individuelle s’accompagne d’un changement de génération par exemple. Il est alors judicieux de se demander si on souhaite habiter le lieu jusqu’à la fin, si on prévoit de le louer, le vendre, le rénover ? On peut se questionner également sur la manière dont on souhaite maintenir la valeur du bien. Dans tous les cas, il est important de se pencher sur la situation énergétique globale du bien. Pour cela, le CECB (Certificat énergétique cantonal des bâtiments), apparenté à une étiquette énergétique d’un bâtiment, est un outil très utile.

2. Choisir son énergie renouvelable

Le Modèle de prescriptions énergétiques des cantons (MoPEC) regroupe un ensemble de prescriptions énergétiques élaborées conjointement par les cantons, qui vise à simplifier le travail des maîtres d’ouvrage et des professionnels de la construction. Le MoPEC identifie quelques standards pour atteindre les objectifs de remplacement du chauffage d’une propriété.

  • Opter pour une installation solaire thermique (production d’eau chaude sanitaire et/ou contribution au chauffage). « Une petite surface en toiture (4 à 6 m²) et un petit accumulateur (450 litres) sont suffisants pour réchauffer 70% de l’eau chaude sanitaire consommée par une famille de quatre personnes durant toute l’année », précise Swissolar. La plupart des cantons et un grand nombre de communes soutiennent le solaire thermique via des subventions et des déductions fiscales.

  • Installer un chauffage au bois (à pellets ou à bûches). « Le bois, c’est de l’énergie solaire en conserve », écrivent les services de l’énergie et de l’environnement cantonaux via leur plateforme Énergie-Environnement. En effet, un arbre utilise la lumière du soleil pour combiner le CO2 de l’air avec l’eau et les sels minéraux du sol. Lorsqu’on brûle du bois, l’énergie solaire est libérée et la combustion reforme du CO2, de la vapeur d’eau et des sels minéraux (les cendres). « Une chaudière automatique à pellets qui répond aux normes actuelles émet dans l’air environ 100 fois moins de particules fines qu’une vieille chaudière à bûches », ajoutent-ils.

  • Installer une pompe à chaleur (air, terre, eau) qui utilisera la chaleur des éléments naturels comme source d’énergie pour chauffer et produire de l’eau chaude. L’énergie est donc gratuite et illimitée. En plus d’un fonctionnement peu énergivore, la pompe à chaleur présente un autre avantage : en inversant son fonctionnement en été, vous pourrez refroidir vos pièces.

pompe-a-chaleur

  • Se raccorder à un système de chauffage à distance (CAD). La chaleur est ici produite dans de grandes installations (incinération de déchets, chaleur résiduelle des procédés) avant d’être distribuée via un réseau de conduites. Le CAD devrait gagner en importance, en particulier dans les zones et les villes densément bâties.

  • Installer un système de couplage chaleur-force (CCF) pour produire simultanément de la chaleur et de l’électricité. Combiné à des pompes à chaleur, le CCF représente une alternative judicieuse sur le plan écologique et payante sur le plan économique, pour autant que les installations soient minutieusement planifiées et réalisées là où des conditions favorables sont réunies.

  • Installer un chauffe-eau thermodynamique (ballon muni d’une pompe à chaleur) couplé à une installation photovoltaïque peut produire de l’eau chaude avec deux à trois fois moins d’électricité qu’un chauffe-eau électrique classique.

  • Isoler thermiquement votre maison au niveau des murs, du toit, du plancher et des fenêtres. Il est en effet plus logique de rénover d’abord le bâtiment dans son ensemble. « Une modernisation de l’enveloppe réduit souvent la consommation d’énergie des bâtiments anciens de 50 à 60% », selon Lorenz Deppeler, directeur d’EKZ Energy Consulting.

  • Installer un système de chauffage bivalent pour couvrir la production de base avec des énergies renouvelables et la production de pointe avec des énergies fossiles. Ces systèmes disposent de deux sources d’énergie différentes utilisées en parallèle.

3. Comparer les propositions

  • Dans le cadre du programme « Chauffez renouvelable », lancé par SuisseEnergie, les propriétaires et les copropriétaires de bâtiments d'habitation pourront bénéficier d'un conseil gratuit pour mieux connaître les possibilités qui s'offrent à eux en matière de chauffage renouvelable.

  • Sur le site « Chauffez renouvelable » toujours, un calculateur en ligne regroupe les différents types de chauffage. Les propriétaires pourront ainsi comparer les performances des systèmes, connaître leur impact écologique et économique, estimer le prix d’un projet et connaître les potentielles économies énergétiques et financières.

  • Autre outil intéressant, celui proposé par le Service de l’énergie du canton de Fribourg. Ce comparatif, réalisé sur la base d'appels d'offres du marché dans le canton durant l'année 2017 vous donnera, à titre indicatif, le prix de revient (coût par kilowattheure) de la chaleur à la sortie d’un système de chauffage, en tenant compte de l'intégralité des frais et selon les prix actuels du marché.

4. Solliciter les subventions et les aides financières

Dans le cadre du Programme Bâtiments, la plupart des cantons octroient une subvention lors du remplacement d’une chaudière à combustible fossile ou d’un chauffage électrique direct par une pompe à chaleur. Cependant, les montants et les conditions ne sont pas partout les mêmes. En fonction des cantons et des communes, les investissements dans des optimisations énergétiques peuvent aussi générer des avantages fiscaux ou des financements à taux réduit.

Quant aux coûts des travaux d’assainissement énergétique du bâtiment, ils peuvent être déduits des impôts. Quelques liens pour vous aider :

  • Programme Bâtiments : portail d’information commun de la Confédération et des cantons. Il répertorie les programmes de subventions nationaux harmonisés aux niveaux fédéral et cantonal, ainsi que les mesures de soutien de l’État dont vous pouvez bénéficier.

  • Francs Énergie : il énumère les programmes de subvention énergétique en Suisse et comprend les programmes de soutien des cantons, des villes et des communes, mais aussi les campagnes de promotion des entreprises régionales de distribution d’énergie.

  • Prime climat : ce programme d’encouragement de Energie Zukunft Schweiz subventionne le remplacement d’un système de chauffage à combustible fossile par un système renouvelable. Le calculateur de subvention indique si le soutien cantonal est plus attrayant ou non.

La paroisse d’Egg-Maur a pris le virage écolo

Depuis 2019, l’église Saint-François à Ebmatingen (Zurich) est chauffée via une installation solaire thermique et photovoltaïque, ainsi que par une pompe à chaleur géothermique alimentée en électricité solaire. Aujourd’hui, non seulement la paroisse catholique d’Egg-Maur est autonome en électricité et en chaleur toute l’année, mais elle réinjecte dans le réseau environ la moitié de l’électricité produite, soit environ 80 000 kWh par an.

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Le grand toit sud a été équipé de capteurs solaires thermiques et photovoltaïques (chaleur et électricité) modernes, provenant d’une société spin-off de l’EPFZ. Le toit nord, plus petit, intègre une installation photovoltaïque conventionnelle. Des sondes géothermiques ont été ajoutées, un excellent moyen de conserver dans la terre la chaleur des capteurs solaires thermiques produite en été, afin de la réutiliser en hiver. En plus de la rénovation du système de chauffage, la paroisse catholique a également investi dans un assainissement partiel de l’enveloppe du bâtiment, à savoir le toit et les fenêtres.

En 2019, la rénovation énergétique de l’église Saint-François s’est vu décerner le Prix Solaire Suisse, ainsi que le Prix Solaire Européen.

Faits et chiffres

  • Coûts de remplacement du chauffage : CHF 535 624.–
  • Coûts de la rénovation de l’enveloppe du bâtiment : CHF 427 613.–
  • Coûts de l’installation photovoltaïque : CHF 299 362.–
    • Subventions reçues : CHF 89 400.–
    • Subvention du Canton de Zurich (CHF 17 600.–)
    • Pronovo (CHF 35 600.–)
  • Église catholique du canton de Zurich (CHF 36 200.–)
  • Durée du projet : environ 2 ans et demi, de la planification à la mise en service
  • Durée effective des travaux : environ 7 semaines

(Source : Chauffez renouvelable)


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